PRIMAIRES

© Sébastien Erome
Martine et François hésitent. Leur avenir est incertain, aujourd'hui. Alors Martine note des trucs, pour ne pas les oublier, et François fume. Il se dit aussi que depuis quelques années il s'est un peu laissé aller, mais que c'est pas bien grave, tous ces potes ont fait pareil. Il pense à eux, ceux qui sont encore là. Les autres, peu importe que l'on y pense ou pas. Martine s'est dit en partant que c'était certainement un des derniers jours de l'année pour mettre ses sandales. En même temps, on ne sait jamais. Demain est un autre jour.
se

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Vue la lumière la scène correspond surement à une promenade digestive.
Le ventre en avant, les fesses un peu serrées, la tête penchée, j'ai l'impression que François vient de roter les saucisses lentilles...
Cependant le coté "je note des trucs l'air de rien" pourrait aussi laisser penser à un coup bas de Martine dans ce cas c'était surement épaule d'agneau flageolet....

slow eye movement a dit…

Non, en fait Martine ce qu'elle préfère, c'est les quenelles.
se

Anonyme a dit…

Pierre croise souvent Suzanne.
Depuis qu’ils ont fait connaissance un jour de novembre à l’arrêt du 8, place de la Mairie. Il était maladroit. Il portait des chrysanthèmes ; celles un peu dorées avec des zébrures rouilles. Elle n’avait pas de fleurs. Elle portait difficilement son cœur très lourd au fond de la gorge. Il avait déjà fumé plusieurs cigarettes, soufflant par le nez des volutes bleues. Il faudrait ajouter des trucs plus forts dans les cigarettes parce que sa gorge lui faisait toujours aussi mal, gonflée par un chagrin que le temps n’atténuait pas ; il baissait la tête, il aurait bien regardé ses pieds mais ça faisait longtemps son ventre lui cachait la vue. Elle s’est approchée pour lui parler de ses fleurs. Ils se sont assis face à face dans le 8, puis à côté dans l’autre bus jusqu’à « Cimetière d’Oullins ».
Ils ne savent pas vraiment pourquoi ils se retrouvent souvent. Elle ne cherche pas à lui plaire. Sinon, elle n’aurait pas enfilé ces sandales. Sauf qu’ils portent à deux ce qui est trop lourd pour un. Alors ils se retrouvent quand même, aussi le dimanche. Pour essayer de faire fondre au soleil l’évidence de leur solitude. Et il l’attend pendant qu’elle arrange son petit bazar dans son sac. En se disant qu’il aimerait bien revoir ses pieds un jour, juste une dernière fois.

Armandine a dit…

belle histoire... touchante... qui sonne très juste et qui colle à la perfection à ce que l'on peut voyager à travers ce cliché.

grandma a dit…

Bon alors là , j'ai juste pas envie de pleurer sur le sort des autres parce que je suis malade et j'peux pas parler alors j'écris , la grosse Martine , moi j'me dit qu'elle a rudement bien fait de mettre ses sandales ce jour là parce qu'aujoud'hui il fait moins chaud et François il est peut-être en train de se dire " mais qu'est ce qu'elle f... j'ai une envie de pisser pas possible et ça m'aurait bien plu de pisser contre le mur du bureau de vote ! Mais c'est une autre hypothèse .......

Anonyme a dit…

Cimetière d’Oullins m'était compté, c'est sans dalle, après les saucisses, que je les embraserais ces deux là, à grand coup de fumée bleue...
C'est dans l'air du temps la fumée bleue, vivement le mois de mai qu'on rosisse au soleil.
Lou foc, poliptologue